2.10.07

Notre mission

La mission du SamusocialSénégal consiste à intervenir selon les principes de l’urgence auprès des enfants des rues ou en grand danger dans la rue. Et cela notamment :
- en allant à la rencontre des enfants en les considérant comme des victimes n’ayant plus la force ni la volonté d’aller vers les structures de droit commun ou vers toute autre association ;
- en mettant hors de danger les enfants selon des procédures d’urgence médico-psycho- sociale ;
- en favorisant la réinsertion des enfants grâce à un réseau de partenaires institutionnels et privés ;
- en soutenant les actions se rattachant directement ou indirectement à la problématique de « l’enfance en danger ».

Le Samusocial constitue le premier maillon d’une chaîne qui va de l’urgence à l’insertion. Il a pour objectif d’améliorer la situation des enfants en danger dans la rue et d’éviter l’aggravation de leur détresse. Nous cherchons simplement à mettre en place un processus de prise en charge, au nom de la dignité que l’on doit aux enfants, et d’une manière générale à toute personne exclue des mécanismes de prise en charge traditionnels.

Le Samusocial International

Le Samusocial International, association française créée en 1998 par le Docteur Xavier Emmanuelli, soutient les initiatives locales de développement dans le cadre de la lutte contre l’exclusion sociale des personnes sans abri dans les villes. Le Samusocial International est aujourd’hui partenaire de douze structures nationales Samusocial, dont huit spécialisées dans la problématique des enfants de la rue Le Samusocial International a développé un modèle d’action spécifique dans le cadre de la lutte contre l’exclusion sociale en milieu urbain, fondé sur une méthode d’urgence sociale qui consiste à « aller vers » les personnes vivant dans la rue, et, selon leur situation spécifique et leur volonté, à les « accompagner vers » des structures d’accueil, d’hébergement et/ou de soins aptes à répondre à leurs besoins.
La structure SamusocialSénégal appartient au réseau du Samusocial International et adhère à la charte du Samusocial International. Le Samusocial international soutient par son expertise technique le travail du samusocial Sénégal ainsi que financièrement. Des missions d’évaluation sont régulièrement organisées par le Samusocial International et une réunion annuelle de coordination de toutes les structures samusocial est l’occasion de partager expériences et réflexions.
La Coordination Afrique, antenne du Samusocial International a vocation à soutenir les structures samusocial au Burkina Faso, au Mali et au Sénégal. Ayant un objectif de coopération sud-sud, elle vise à encourager les synergies opérationnelles et financières, à renforcer les capacités de plaidoyer ainsi que la recherche action, les trois structures travaillant sur une problématique et une région communes.

Pour en savoir plus sur le Samusocial International : http://www.samu-social-international.com/

L’association Samusocial Sénégal

L’initiative du Samusocial International :
Créé en 1998 par le Docteur Xavier Emmanuelli, le samusocial International est un dispositif d’intervention d’urgence qui se porte à la rencontre des personnes les plus désocialisées, qui en sont réduites au stade de la simple survie car elles sont devenues des « victimes », ne pouvant ni ne sachant plus bénéficier des secours communs. Parce que toutes les grandes villes du monde, aussi bien en Occident que dans les pays en voie de développement, génèrent de la dé-cohésion sociale, de la perte de sens, de la souffrance physique, de l’addiction, de la détresse, il a semblé important de proposer des solutions globalisantes, en amont des cadres institutionnels, pour venir en aide aux personnes victimes de ces phénomènes.
La création du samusocialSénégal :
A la demande de la Première Dame du Sénégal, Madame Viviane Wade, le Samusocial International réalise à Dakar une enquête prospective, entre avril 2002 et janvier 2003, afin d’évaluer la faisabilité, pour les enfants les plus en danger dans les rues. En mai 2003, le Samusocial International confie à une volontaire la mission de créer, de mettre en œuvre et de gérer le samusocial Sénégal, association de droit sénégalais.
Composition du Conseil d’Administration :
Président : Mme Mariétou Diongue Diop
Trésorier : Dr Claude Moreira
Secrétaire : Mme Djamila Idir Benghazi
Administrateurs : Mme Marlène Rahmi - Mme Geneviève Sagna - Dr Massamba Diop - Samusocial international, représenté par le Dr Xavier Emmanuelli
Le samusocial Sénégal est une ONG sénégalaise enregistrée auprès du Ministère de l’Intérieur et des Collectivités Locales sous le numéro 2988 du 9 mai 2003. Conformément aux statuts, une Assemblée Générale est tenue annuellement ainsi que deux réunions du Conseil d’administration. Le Samusocial Sénégal adhère à la Charte du Samusocial International ainsi qu’à son Code déontologique professionnel et s’engage à respecter le Cahier des charges du Samusocial International.
Nos partenaires institutionnels :
- Ministère de la Famille et de l'Entreprenariat Féminin
- Ministère de la Santé et de la Prévention Médicale
- Ministère de la Justice
- L'Unicef Sénégal

Charte du Samusocial International

Secourir selon la philosophie de la Déclaration universelle des droits de l’homme en réaffirmant les principes de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et de Solidarité.

Fédérés au sein du SAMU SOCIAL INTERNATIONAL, les SAMU SOCIAUX sont des dispositifs de sauvetage qui, dans les grandes villes du monde, ont pour objet d’intervenir en urgence auprès des personnes en danger, trop faibles ou trop désocialisées pour exprimer d’elles même leurs besoins, afin de leur offrir Aide – Réconfort – Assistance.
Ils sont le premier maillon d’une chaîne qui va de l’urgence à l’insertion.
Chaque SAMU SOCIAL est connecté à la fois aux institutions de droit commun médico-psycho-sociales, aux associations et organisations qui œuvrent dans ce domaine, ainsi qu’aux instances, privées ou institutionnelles, qui ont pour mission la lutte contre l’exclusion.
Chaque SAMU SOCIAL par son action, crée aussi du lien et du sens avec les personnes qu’il doit secourir. C’est pourquoi il représente en quelque sorte un asile immatériel – un asile « hors les murs ».
Ne peut se nommer SAMU SOCIAL qu’une structure apolitique et indépendante, d’aide et d’assistance qui se réfère aux principes fondamentaux qui suivent :
La Dignité :
Préserver et rendre sa dignité à la personne en détresse physique ou sociale.
Ce principe implique pour chaque SAMU SOCIAL de se porter au devant et de recueillir sans discrimination, les personnes en danger qui n’ont plus la force ni les moyens de formuler elles-mêmes une demande d’assistance.
Il induit de proposer avec tact, aide et assistance, et au besoin, un abri ou un hébergement social et/ou médical d’urgence.
La Solidarité :
Assurer à la personne recueillie le droit à une protection médicale et/ou sociale répondant à ses besoins.
La reconnaissance de ce droit implique la mise en œuvre de soins sans conditions d’ouverture de droits, et pour tous, la recherche voire l’obtention de l’ensemble des droits et solutions existants répondant à leur situation.
Elle induit ainsi la recherche de solutions d’hébergement à moyen ou à long terme, l’entrée dans un réseau de solidarités et l’accès aux soins nécessaires, préventifs, curatifs, palliatifs en fonction de l’état de ces personnes et du degré d’urgence que leur état nécessite.
Enfin, l’action de chaque SAMU SOCIAL doit ouvrir la possibilité, pour toutes les personnes recueillies, d’établir les contacts nécessaires avec les institutions, les structures sanitaires et sociales.
La Citoyenneté :
Assurer à la personne recueillie le droit à l’information, la participation et l’exercice de ses droits et devoirs civiques.
Promouvoir l’accès à ce droit implique pour chaque SAMU SOCIAL d’aider les personnes recueillies à obtenir les moyens de retrouver une identité civile ou administrative et à être en mesure de s’informer pour rompre leur isolement.
Permettre à toutes personnes recueillies de prendre connaissance de l’intégralité de leurs droits pour les exercer légitimement et pour participer à la vie sociale et aux échanges sur lesquels se fondent les dynamiques d’une existence libre et digne.
La Polyvalence, la Mobilité et le Professionnalisme :
Aller à la rencontre des personnes en danger et leur apporter une réponse efficace et adaptée à leurs besoins.
L’assistance et les secours prodigués par chaque SAMU SOCIAL doivent porter sur tous les domaines qui correspondent aux besoins élémentaires des êtres humains.
Le dispositif doit être mobile pour aller au devant de ceux qui, exclus depuis trop longtemps, n’ont plus la force de demander de l’aide.
Enfin, chaque SAMU SOCIAL, s’engage à n’employer que des professionnels ou des personnes ayant suivi une formation, qu’elles soient bénévoles ou salariées.

Xavier EMMANUELLI
Président-Fondateur du SAMU SOCIAL INTERNATIONAL

Code déontologique professionnel

Le Code déontologique professionnel Samusocial a été adopté par le Conseil d’Administration du Samusocial International en date du 7 septembre 2006, et par le Conseil d’Administration du Samusocial Sénégal en date du 7 novembre 2006.
Il a vocation à réglementer les obligations des personnes intervenant avec une structure Samusocial dans le cadre de leurs activités auprès des personnes, mineures ou majeures, bénéficiaires du programme d’action.
Il s’applique :
- aux adhérents et membres associatifs du Samusocial ;
- aux employés du Samusocial : salariés, volontaires de solidarité internationale, ainsi que toute personne liée par un contrat de travail ou de prestation de services avec le Samusocial (consultants externes, chargés de mission, notamment) ;
- aux personnes liées par une convention de stage, ou un engagement de bénévolat, ainsi que toute personne participant aux activités du Samusocial (visiteurs, accompagnants des tournées de rue, notamment).

Article 1
Les principes déontologiques du Samusocial sont les suivants :
- travailler avec les bénéficiaires dans un esprit de coopération fondé sur le respect de la dignité et la confiance mutuelle ;
- agir sans aucune discrimination, fondée notamment sur le sexe, la nationalité, l’ethnie, l’origine réelle ou supposée, la culture, la religion, la sexualité, l’âge, le handicap ;
- sauvegarder, en toute circonstance, l’intérêt supérieur du bénéficiaire ;
- garantir le droit du bénéficiaire à participer aux prises de décisions le concernant ainsi que les personnes sous sa responsabilité ;
- respecter le principe de confidentialité des informations médico-psycho-sociales sur le bénéficiaire ainsi que le principe d’anonymat.

Article 2
Sont interdits les comportements et agissements suivants :
- tout acte de violence physique, verbale ou psychologique (notamment les coups et châtiments corporels, les propos dégradants ou humiliants, l’abus d’autorité ou de pouvoir) ;
- toute attitude sexuellement ambiguë ou provocatrice ;
- toute forme de relations sexuelles ;
- tout acte visant à mettre en contact les bénéficiaires avec des personnes susceptibles de les abuser ou de les exploiter sexuellement et/ou économiquement ;
- tout acte ayant un lien avec des procédures non légales de placement ou d’adoption d’enfants, notamment pour les structures Samusocial s’adressant aux enfants ;
- tout acte ayant un lien avec des activités de prosélytisme religieux ou politique ;
- toute incitation à commettre des actes illégaux ;
- l’invitation, l’accueil, l’hébergement ou l’emploi, à titre personnel, notamment à domicile ;
- toute offre personnelle ou acceptation de cadeaux (notamment objets, argent) ;
- toute prise d’images d’enfants (photos, vidéo, etc…) identifiables et/ou portant atteinte à la dignité du bénéficiaire, et toute prise d’images de bénéficiaires adultes (photos, vidéo, etc…) sans accord express signé de leur part ;
- toute communication externe (notamment aux media) susceptible d’être dommageable au bénéficiaire sans autorisation préalable de la structure Samusocial concernée

Article 3
Dans le respect du principe de proportionnalité, et sans préjudice de toute action en justice si les circonstances le justifient, tout manquement aux principes du présent Code pourra entraîner une ou plusieurs des sanctions suivantes :
- déchéance de la qualité de membre associatif,
- sanctions disciplinaires, et / ou rupture des contrats de travail ou de prestation de services dans le respect des procédures en vigueur,
- rupture des conventions de stage,
- dénonciation des engagements de bénévolat.

Les enfants de la rue à Dakar

Un phénomène urbain universel :
L’exode rural amplifié par l’attrait des grandes villes mène à l’apparition de populations coupées de leurs racines traditionnelles (village comme soutien de la communauté) qui se retrouvent livrées à elles-mêmes. L’installation en ville se fait souvent de façon anarchique dans des conditions sanitaires et d’hygiène très limitées. Ces familles vivent dans des conditions de très grande précarité et n’ont que très rarement accès aux soins. Les premières victimes en sont les enfants : quand les familles sont éclatées et déstructurées, quand certaines dérives de l’enseignement coranique font affluer à Dakar des hommes accompagnés de plusieurs dizaines d’enfants exploités à des fins économiques, les enfants sont livrés à eux-mêmes, exploitables et exploités, condamnés à vivre en bandes, livrés au vol, à la drogue ou à la prostitution, souvent à la merci d’adultes sans scrupules. Sans abri, sans soutien d’aucune sorte et sans ressources, les enfants de la rue sont réduits au stade de la simple survie. Le nombre d’enfants de la rue à Dakar est particulièrement difficile à estimer cependant le samusocialSénégal a déjà identifié et pris en chgarge au moins une fois plus de 2300 enfants différents.
Les enfants de la rue de Dakar :
Enfants errants, talibés, jeunes travailleurs, Fakhman, enfants mendiants, jeunes filles, enfants accompagnés sont autant de notions qui désignent des enfants qui passent l’essentiel de leur temps dans la rue. La définition d’enfants des rues est transversale dès lors qu’elle se définit au regard de la situation de rupture dans laquelle ils se trouvent : rupture avec la famille, rupture avec le tuteur (famille d’accueil, maître coranique). Ces garçons et ces filles des rues constituent le groupe cible de l’action du Samu Social Sénégal : des enfants socialement exclus, des enfants extrêmement vulnérables et paradoxalement suradaptés à leur milieu de vie. Ajoutons que les enfants des rues constituent une population particulièrement exposés aux risques de la rue (agression, exploitation), aux risques épidémiologiques (infections liées aux conditions de vie, absence d’information et de prévention VIH/SIDA en particulier), aux risques psychopathologiques (toxicomanie, troubles du comportement). Ils sont exclus de l’accès aux services de santé et aux programmes de prévention. Population furtive et mouvante, elle échappe aux programmes existants. Les « cibles » prioritaires du samusocialSénégal sont les enfants en rupture, sans attache et sans repère ; ce sont essentiellement les Fakhmans et les Talibés (en particulier les talibés fugueurs), qui totalisent 73% des prises en charge par les équipes du samusocial.
La suradaptation paradoxale :
Comment expliquer la facilité avec laquelle les enfants de la rue s’adaptent à un environnement difficile et hostile ? Comment ne pas être surpris par un enfant qui dit que « tout va bien » alors qu’il dort sur un bout de trottoir, qu’il passe sa journée dans l’angoisse de ne pas trouver de nourriture, qu’il souffre de multiples maux dus au manque d’hygiène et à l’inaccessibilité des soins ? Comment comprendre le refus d’un enfant d’être orienté vers un centre d’accueil où il peut être pris en charge et retrouver des perspectives d’avenir ? La recherche en psychopathologie de l’enfance et de l’adolescence en danger met en lumière la notion de « suradaptation paradoxale » en tant que stratégie mentale de survie. En effet, pour survivre dans le milieu hostile de la rue, les enfants se forgent instinctivement des repères sécuritaires et identitaires (un groupe, un territoire) qui fonctionnent comme une véritable armure de protection. Avouer ses angoisses et ses difficultés équivaut à briser cette armure, à vulnérabiliser davantage l’enfant de la rue. Aussi, de manière paradoxale, les enfants des rues s’efforcent-ils de jouer les « petits caïds » qui n’ont besoin de rien ni de personne et refusent de quitter un territoire qui incarne pour eux un véritable périmètre de sécurité. Cette suradaptation paradoxale aggrave leur misère affective, leur exclusion sociale et leur vulnérabilité aux dangers de la rue dans la mesure où l’enfant refusera de quitter la rue tant qu’il ne se sentira pas capable de précisément s’adapter à un autre milieu. En d’autres termes, la réhabilitation de l’enfant est un préalable indispensable à sa réinsertion sociale : il doit reprendre confiance en lui-même avant de pouvoir exprimer des projets d’avenir.

Méthodes et principes d'actions

Plus qu’un remède à long terme, l’action du samusocial est une méthode de sauvetage : aborder ces enfants dans l’urgence, établir un contact efficace afin de pouvoir envisager, après les premiers secours, la post-urgence et permettre d’installer des dispositifs plus durables, ceux de l’insertion et du développement.

Les Maraudes
Constituées d’un travailleur social qui coordonne l’équipe, d’un médecin et d’un chauffeur, les 2 Equipes Mobiles d’Aide (EMA) sillonnent Dakar 5 jours par semaine, jour et nuit, à bord d’une camionnette facilement identifiable, pour repérer les enfants en situation de rupture familiale et/ou sociale, et leur apporter aide et protection. Les équipes mobiles d’aide du samusocialSénégal sont professionnelles et pluridisciplinaires : une exigence de savoir-faire liée à la complexité du processus de réhabilitation physique et psychologique des enfants de la rue.
Elles agissent en maraudes (sillonner les rues afin de repérer les enfants en danger) et effectuent des tournées sur les territoires de vie des enfants. Elles peuvent également répondre à la demande d’autres acteurs ayant repéré des enfants mais ne pouvant les prendre en charge (associations, structures institutionnelles, gendarmerie, particuliers…). Les équipes mobiles interviennent également 24 heures sur 24 en cas d’urgence, sur toute la zone de Dakar.
Par leur action, elles offrent une protection médicale et des soins médicaux, un appui nutritionnel et une aide psychosociale à ces enfants quotidiennement exposés aux dangers de la rue. Par leurs compétences, elles aident l’enfant à comprendre les événements du passé, à surmonter les difficultés du présent et à construire des projets d’avenir.
Depuis le 1er novembre 2003, en 1.783 maraudes près de 3.000 enfants différents ont été pris en charge au moins une fois par les EMA, 48.000 appuis nutritionnels ont été distribués, 9.258consultations médicales et 990 entretiens sociaux ont été effectuées. (données au 31/12/2008)

Le centre d’accueil et de mise à l’abri
Le centre du samusocial se justifie essentiellement par sa fonction de mise à l’abri des enfants qui sont en danger dans la rue, pour des raisons de santé physique et/ou psychique.
La fonction du centre est d’aider les enfants à retrouver des rythmes et repères fondamentaux. Parce que l’enfant accueilli a un rapport « traumatique » à son corps et au corps d’autrui (conséquence de la maltraitance et/ou de la suradaptation paradoxale), il importe de porter particulièrement attention aux temps de remise en fonction du corps : la toilette, les repas, le sommeil…
En outre, le centre doit fabriquer un lieu qui aide l’enfant à retrouver des repères, car la grande pathologie dont souffre l’enfant de la rue est l’indifférence, ce sentiment que tout se vaut (le jour et la nuit, la vie et la mort). Le lieu que représente le centre doit particulièrement reconstruire les repères spatiaux, temporels, sociaux, psychoaffectifs.
Les activités du centre :
- Un cabinet médical, ouvert 24 heures sur 24, permet d’accueillir les enfants en lits infirmiers. 2 infirmières et un aide-soignant se relaient, sous la responsabilité d’un médecin-chef.
- L’activité psycho-sociale est assurée par un travailleur social et un psychologue clinicien qui accompagnent l’enfant dans son projet de sortie de rue et dans sa réhabilitation psychique. Le travailleur social est en outre chargé de la recherche des familles et de la médiation familiale, puis une fois l’enfant retourné en famille, d’assurer le suivi de sa réinsertion.
- La réhabilitation de l’enfant passe aussi par un travail sur l’imaginaire par le biais d’activités éducatives (alphabétisation, apprentissage de la lecture), ludiques, sportives, artistiques (peinture, musique, danse, travaux manuels). Ces activités sont assurées par des animateurs du Samusocial Sénégal et des bénévoles.
- Enfin, l’équipe d’intendance gère le ménage, la cantine, les lessives, les vêtements et chaussures.
L’hébergement est extrêmement déstabilisant pour l’enfant, car il s’agit d’une véritable rupture par rapport à l’environnement auquel il s’était adapté (la rue). Nombreux sont les enfants qui ne supportent pas cette rupture et qui « choisissent » de retourner dans la rue. L’itinéraire des enfants de la rue est fait de constants allers et retours entre la rue, la famille, les centres d’accueil tels que le samusocial. Quand un enfant est accueilli au samusocial, le préalable est de toujours envisager qu’un retour à la rue est possible et l’accepter. Un retour dans la rue, ou même des allers-retours rue/centre/famille ne doivent jamais être considérés comme des échecs, mais plutôt comme les différents paliers pouvant aider l’enfant à se reconstruire.
Depuis l’ouverture du Centre en novembre 2004, 608 enfants ont été hébergés, dont 221 en lit infirmier ; 421 enfants sont venus en accueil de jour ; 46.837 repas ont été servis ; 134 enfants sont sortis de la rue de façon durable. (données au 31/12/2008)

Le réseau de partenaires opérationnels
Le Samusocial Sénégal peut s’appuyer sur un réseau de partenaires opérationnels, tant pour la recherche des familles dans les régions ou pays limitrophes, que pour orienter l’enfant dans le cas où la famille n’est pas accueillante. Par ailleurs, le Samusocial Sénégal apporte son soutien à ces structures par une assistance médicale gratuite pour leurs enfants et un soutien financier lorsqu’un enfant est confié par le Samusocial Sénégal à un centre partenaire.
Ces partenaires peuvent être des structures associatives, des ong, des structures de l’Etat :
Perspective Sénégal - Solidarité Pour les Enfants de la Rue (SPER) - La Liane, à Saint Louis - Empire des Enfants - Village Pilote - Assea - Terre Des Hommes / Intermonde - Enda Santé. La Direction de l’Education Surveillée (Ministère de la Justice) et les Aemo (Action Educative en Milieu Ouvert) - L’Organisation Internationale des Migrations (OIM).
Le Samusocial Sénégal est membre fondateur du PARRER, le PArtenariat pour le Retrait et la Réinsertion des Enfants de la Rue, association créée par un mouvement de la société civile regroupant tous ceux, particuliers ou organisations, que le sujet préoccupe. Le Parrer est soutenu activement par l’Etat Sénégalais.

Les équipes du Samusocial Sénégal

Le Samusocial Sénégal compte 20 collaborateurs : 18 professionnels salariés, 1 psychologue clinicien en vacations, 1 directrice mise à disposition par le Samusocial International ; la directrice est assistée par une adjointe de direction. En outre une psychologue bénévole intervient 3 jours par semaine. La structure fonctionnant 24 heures sur 24, les personnels se relaient au sein des différentes fonctions :
- Equipes Mobiles d'Aide : 2 médecins, 2 travailleurs sociaux, 2 chauffeurs-animateurs. Ces 6 personnes sont polyvalentes et travaillent également dans le centre.
- Centre : 4 gardiens-animateurs, 1 coordonnateur social, 2 infirmières et 1 aide-soignant, 1 psychologue et 1 psychologue bénévole, 2 ménagères.

La formation est un élément clé dans l'approche du Samusocial International, dont une des vocations premières est de transmettre un savoir et un savoir-faire dans l'assistance aux grands exclus, dans les grandes villes du monde. Les problématiques des populations secourues étant par ailleurs en perpétuelle évolution, il est essentiel de pouvoir adapter les méthodes d'intervention afin d'être toujours en mesure de répondre adéquatement aux besoins. Le Samusocial Sénégal organise donc des séminaires de formation sur la psychologie normale et pathologique de l’enfant et de l’adolescent. Cette formation est centrée sur les spécificités cliniques et psychopathologiques que montrent les enfants et les adolescents « en danger dans la rue » ou y ayant trouvé un refuge. L’objectif est de permettre aux professionnels de l’urgence sociale de pouvoir mieux adapter leurs pratiques à ces réalités sociales et psychologiques et de se doter d’outils d’évaluation. Les formations sont dispensées par des experts à l'attention du personnel du Samusocial Sénégal mais aussi de nos partenaires qui le souhaitent.
Les différents modules sont adaptés à l’environnement sénégalais et s’orientent autour des thèmes suivants, entre autres :
- Connaissance de l’enfant et de l’adolescent en danger dans la rue : aspects cliniques et psychologiques.
- Formation des bandes et logique de territoire.

- Médiation familiale et retours en famille.
- Délinquance et toxicomanie.
- Maternité précoce et rupture familiale, pathologie de la relation mère-enfant.
- Phénomènes de prostitution.
- Droits de l'enfant.

Album photos













Bulletin trimestriel

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Ils soutiennent le Samusocial Sénégal

Ils soutiennent le Samusocial Sénégal :

AGF SENEGAL ASSURANCES – AMBASSADE DE FRANCE ASSOCIATION

EDUCATION SANTE – BICIS – COTOA – EXP / DAKAR’ ELLES – FIDAFRICA –

FIDECA – FONDATION CARREFOUR – FONDATION DAIS DE L’INSTITUT

DE FRANCE – FONDATION MERIEUX – FONDATION RENTA CORPORATION –

FONDATION SONATEL – LIBRAIRIE DES 4 VENTS – ROTARY CLUB ALMADIES –

SAMU SOCIAL INTERNATIONAL– SOS MEDECIN SENEGAL – TERRY LINK –

TOTAL SENEGAL – UNICEF – et de généreux donateurs…

Ils financent la construction d’un centre d’hébergement :

MAIRIE DE OUAKAM (terrain) – COOPERATION LUXEMBOURGEOISE –

EIFFAGE SENEGAL – FONDATION AIR FRANCE

FONDATION D’ENTREPRISE VEOLIA

Les comptes du Samusocial Sénégal sont contrôlés chaque année par un Commissaire aux Comptes, ainsi que par les principaux bailleurs de fonds. La Samusocial International, principal partenaire, évalue, une fois par an au moins, la pertinence et la qualité des actions du Samusocial Sénégal.

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Thème du mois : l'accompagnement psychologique

L’enfant de la rue, tel qu’il est décrit par ceux-là même qui nous ont précédé sur le terrain se caractériserait par une « suradaptation paradoxale » du fait de sa situation de rue. Il se serait forgé une armure de protection, une sorte de carapace psycho-affective qui aurait fini par faire de lui un enfant « endurci » qui ne demanderait plus rien à personne. Par des comportements et des attitudes quasi-suicidaires et sado-masochistes, il serait en confrontation permanente avec lui-même et avec les autres ; défiant par son absence son milieu familial naturel avec qui il n’arriverait plus à composer d’une part, et d’autres part se mesurant sans cesse avec l’extérieur, la rue, qu’il décrit comme hostile et dangereux mais où il persisterait à vivre.
Comment alors poser un cadre d’intervention psychologique qui obéirait aux normes de la pure tradition « Psy » ? Par quels moyens entrer en relation avec cet enfant ? Comment procéder pour faire émerger une demande d’écoute ? Sur quoi pourrait porter cette demande ? Et que faire avec elle ? Ce sont là les lancinantes interrogations qui nous habitaient dès l’entame de notre action.
Mais nous pouvons maintenant affirmer avec une certaine dose de satisfaction et après une année de travail et de réflexion qu’une bonne partie de ces difficultés s’est estompée avec comme résultat final, une meilleure connaissance des réalités psychologiques de l’enfant de la rue.
Le centre fonctionne comme un contenant physique et psychique pour tout enfant qui l’intègre. En « captant » l’enfant de la rue, il permet sa mise à l’abri, sa sécurisation, son repos physique et mental. En somme, il permet à l’enfant de se relâcher, « de déposer les armes » qu’il s’est forgé pour sa survie dans la rue. Logé, nourri, soigné, bien reposé et écouté, l’enfant peut se remettre à réfléchir, à verbaliser en posant des mots sur certains aspects difficiles de son histoire.
Le centre est aussi une sorte de métaphore du cadre familial, avec série de symboles qui permettent à l’enfant de penser, de dire et de faire « comme si » il était chez lui, dans sa famille. Son cadre physique et architectural est celui d’une maison domestique destinée à abriter une famille avec le confort nécessaire. Isabelle, la Directrice fait office de pouvoir central dont l’autorité s’impose à tous, donc aux enfants.
Les responsables des équipes (Youssouph et Antoine) sont très souvent assimilés à des pères de famille, tantôt sévères, tantôt bienveillants, garants de l’ordre et de la sécurité, c’est auprès d’eux qu’on peut porter les doléances.
Les animateurs – éducateurs fonctionnent comme des grands frères. Ils organisent les activités, jouent avec les enfants qui peuvent parfois se mesurer a eux dans une agressivité maturante.
Le cabinet médical réveille les peurs archaïques liées au corps de l’enfant, mais il permet également de développer des demandes sous forme de plaintes psycho somatiques.
L’ensemble des enfants hébergés forme une fratrie où chacun redécouvre la rivalité, l’agressivité, la jalousie, l’amitié, la camaraderie, la solidarité entre frères.
Enfin, la cuisine et le personnel féminin qui s’y active est très investie affectivement à cause des femmes et filles que les enfants se plaisent à mettre parfois en position de mères nourricières, parfois en position d’objet de fantasme sexuel sous forme de blague.
C’est dans ce cadre relationnel déjà riche et sécurisant pour l’enfant que le psychologue est venu s’insérer. Nous n’avons fait que compléter un dispositif déjà posé. Par notre âge : le hasard faisant bien les choses, nous sommes apparus comme un grand-père ; personnage central dans la culture sénégalaise.
En effet il est plus ou moins neutre, on peut facilement l’investir ou l’ignorer sans conséquences fâcheuses. Il apparaît souvent comme la sommation de tous les statuts dans la famille. Super–parent il peut faire barrage contre les sanctions très sévères que les parents ou les aînés pourraient être amené à prendre contre l’enfant. Il n’administre pas de punition et est même jugé trop tolérant envers les petits-enfants. Il est objet de blague et c’est également le vieux copain avec qui ont peut jouer. On lui demande conseil et en période de stress il apporte le réconfort.
Tout ce substrat culturel, à notre avis, a facilité l’établissement de liens avec les adolescents et préadolescents hébergés au centre. Il ne restait plus qu’à expliquer et à recadrés les choses pour les mettre au service d’une relation d’écoute et d’expression de type Psychothérapique.
Une fois que ce cadre est posé, l’enfant de la rue y adhère facilement contrairement à ce qu’on croit. Il s’en approprie, s’y love même en découvrant les immenses avantages qu’il peut en tirer. Il découvre un lieu à la fois physique et symbolique, réel et imaginaire où il peut enfin dire les choses autrement que dans la rue, en famille ou devant les différents pouvoirs du centre. Tout notre travail consistera à l’y aider ; à l’aider à faire émerger une réflexion, puis une parole authentique, un discours à lui, selon sa réalité propre ; non plus un discours emprunté et inlassablement répété, un discours biaisé, et altéré, une pensée figée ou toujours masquée pour faire face ou sauver la face et s’affirmer maladroitement à travers les attitudes et des comportements de défi et de mortification dans sa propre famille et plu tard dans la rue. Tout cela devient possible dès que l’enfant sent ce regard nouveau se poser sur lui ; ce regard propice au témoignage, en ce lieu différent des autres lieux du centre.
L’enfant se sent alors doté de moyens supplémentaires pour lier et dépasser cette angoisse qui n’est rien d’autre que le résultat de trop de traumatismes subis en famille et vécus dans la rue.
Grâce à ce nouveau mode relationnel l’enfant fini par produire une parole apaisante et libératrice, à travers laquelle il va pointer ce qui, auparavant était impossible à dire.
Petit à petit il va prendre du recul par rapport au réel. Il parvient à mieux mentaliser les choses et à se dégager de ce corps à corps destructeur qui caractérisait sa vie dans la rue. Alors on découvre son immense richesse intérieure, ses capacités insoupçonnées à analyser le monde qui l’entoure et dont les tourbillons l’emportent.
Dans cette relation qui prend très vite l’allure d’une psychothérapie, les moments les plus forts sont souvent ces moments, où ensemble, nous revisitons la série de ratés et d’échecs qui ont ponctué la vie familiale de l’enfant ou les relations conjugales de ses parents. Impuissant il a assisté à l’écroulement de tous ses repères familiaux, repères qu’il va tenter d’aller reconstruire ailleurs ; dans la rue.
N’avoir jamais pu grandir, rester prisonnier des premiers stades de son enfance sous le prima du principe de plaisir d’un côté, et d’un autre côté traverser son enfance à la vitesse de l’éclair, être très tôt happé par le principe de réalité et des exigences de survie au point de ne plus pouvoir faire l’enfant, tels sont me semble-t-il les deux axes de lecture pour une bonne approche de la psychopathologie de l’enfant de la rue.
Ngor Ndour, Psychologue-Clinicien